Duchy Notes
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Luxembourgeois obligatoire : après le débat, Cordula Schnuer défend une vision plus large de l'intégration

Débattue le 21 octobre 2026 à la Chambre des députés, la pétition pour imposer l'apprentissage du luxembourgeois s'est heurtée à des objections juridiques et pratiques. Dans le Luxembourg Times, la rédactrice en chef Cordula Schnuer appelle aussi à ne...

Une obligation écartée par le ministre de la Culture

La demande portée par David Delvaux concernait les personnes qui vivent ou travaillent durablement au Luxembourg. Sa pétition publique n°4004, déposée le 12 mars 2026 et ouverte aux signatures le 26 mars, a obtenu 8 252 signatures électroniques avant validation, dont 8 248 ont été validées. Le seuil de 5 500 signatures a été franchi le 13 mai. Le débat parlementaire s'est tenu le 21 octobre à 9 h.

À cette occasion, le ministre de la Culture Eric Thill (DP) a écarté l'apprentissage obligatoire. Selon les propos rapportés par RTL Infos, il n'y est pas favorable et estime qu'une telle mesure n'est pas possible, notamment au regard du droit européen et du cadre législatif et réglementaire existant.

Le Luxembourg Times rapporte que les échanges ont fait apparaître une proposition largement inapplicable, notamment faute de réponse à la question des sanctions : une personne n'apprenant pas la langue pourrait-elle perdre son emploi ? Le député LSAP Georges Engel a averti que deux hôpitaux devraient fermer si leurs effectifs se limitaient aux salariés parlant luxembourgeois. Il a étendu cette mise en garde aux secteurs des soins, de la construction et de la finance.

Le département des Immigrés de l'OGBL s'oppose également à cette obligation. D'après Le Quotidien, le syndicat y voit un risque d'exclusion sociale et professionnelle, particulièrement pour les travailleurs issus de l'immigration et les frontaliers. Il demande plutôt que les salariés puissent réellement se former pendant leur temps de travail.

Pour appuyer sa démarche, David Delvaux a cité pendant le débat des chiffres récents du Statec, rapportés par L'essentiel : 61,2 % des résidents parlent habituellement le luxembourgeois à la maison, à l'école ou au travail.

Parler plusieurs langues, mais pas celles du Luxembourg

Dans sa tribune, Cordula Schnuer distingue l'utilité du luxembourgeois de son emploi comme unique mesure de l'intégration. Elle rappelle que la langue est étroitement liée à l'identité nationale et que sa préservation constitue un enjeu national. Elle permet de suivre les débats parlementaires et de participer aux activités de nombreuses associations locales, de clubs sportifs, de groupes de musique ou de pompiers volontaires. La maîtriser ouvre ainsi un accès plus large à la vie du pays.

Mais tous les résidents n'ont pas le même parcours linguistique. La journaliste décrit le multilinguisme comme une habitude acquise dès l'enfance pour beaucoup de personnes ayant grandi au Luxembourg. Elle en évoque les avantages et les inconvénients, en renvoyant notamment aux récents résultats Pisa. Elle-même a fréquenté l'École européenne, parlait allemand en famille, a appris l'anglais très jeune à l'école, puis le français au début du secondaire. Le luxembourgeois lui est venu sans enseignement formel, au contact de personnes extérieures à la bulle européenne.

Elle oppose à ce parcours celui d'un ami originaire d'Iran. Après avoir parlé persan et arabe chez lui et appris l'anglais à l'école, il a dirigé une entreprise en Finlande et appris le finnois, langue dont elle dit ne presque rien comprendre. Arrivé au Luxembourg dans la trentaine, il ne parlait pourtant ni français, ni allemand, ni luxembourgeois. Plusieurs de ses amis venus d'autres pays connaissent eux aussi de nombreuses langues, sans maîtriser celles du Luxembourg.

Cordula Schnuer souligne surtout les autres formes de participation à la société : engagement caritatif et communal, bénévolat, comités de parents d'élèves, organisation de vide-greniers, de sorties d'Halloween ou de l'India Day. Elle évoque également les liens de voisinage et la contribution à l'économie. À ses yeux, ne regarder que les compétences linguistiques encore manquantes revient à négliger ces apports et rend l'intégration plus difficile.

Faciliter l'apprentissage plutôt que l'imposer

Cette position ne revient pas, précise la rédactrice en chef, à dispenser les personnes vivant et travaillant au Luxembourg d'apprendre la langue. Elle distingue toutefois l'envie d'apprendre de la possibilité d'y parvenir. Trouver un cours disponible, concilier les horaires avec le travail et les autres obligations, ou aborder une langue inconnue à l'âge adulte peut être difficile. Dans l'installation à l'étranger, cet apprentissage n'arrive pas toujours en tête des priorités. Elle doute elle-même qu'un déménagement à Istanbul la conduirait à apprendre davantage que quelques phrases de turc.

Les cours de luxembourgeois accueillent déjà plus de demandes qu'ils ne peuvent en satisfaire, rappelle-t-elle. L'exigence linguistique liée à l'obtention de la nationalité luxembourgeoise contribue largement à cette pression.

Le gouvernement veut développer l'enseignement sur le terrain et pendant les journées de travail plutôt qu'instaurer une obligation. Selon L'essentiel, deux projets pilotes ont été lancés avec la Croix-Rouge et une maison de retraite à Bettembourg. Des cours pourraient aussi être proposés prochainement à l'Université de Louvain, en Belgique.

À l'issue du débat, Francine Closener, présidente de la Commission des pétitions, a proposé de réunir plusieurs mesures dans une motion : former les formateurs, agir sur le congé linguistique, recourir à des médiateurs linguistiques notamment dans les hôpitaux et encourager l'apprentissage dans d'autres domaines. Cette motion doit ensuite être débattue à la Chambre.