Duchy Notes
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Le Luxembourg envisage une coopération de défense avec la Turquie

Claude Wiseler voit dans les progrès de l'industrie de défense turque des possibilités de partenariat en matière de communication et de partage d'informations. À Ankara, le président de la Chambre des députés du Luxembourg a appelé à approfondir les re...

Des pistes dans les communications et le partage d'informations

Claude Wiseler a évoqué ces perspectives jeudi 22 octobre, lors d'une conférence de presse avec le président du Parlement turc, Numan Kurtulmus, après un entretien en tête-à-tête et des discussions entre leurs délégations. Saluant la solidité de l'industrie de défense turque et les progrès accomplis, il a estimé que des partenariats importants pourraient se développer dans la communication et le partage d'informations liés aux politiques de défense.

Les communications ont déjà fait l'objet d'une intervention luxembourgeoise en Turquie dans un cadre humanitaire. Après les séismes de février 2023 dans le sud-est du pays, le Luxembourg avait apporté une aide financière et logistique et déployé emergency.lu, sa plateforme de communications d'urgence par satellite, pour appuyer les secours.

Un effort de défense en hausse au Luxembourg

À Ankara, Claude Wiseler a indiqué que le Luxembourg avait quadruplé son budget de défense entre 2021 et 2025.

Selon le gouvernement luxembourgeois, le pays a atteint dès 2025 l'objectif de consacrer 2 % de son revenu national brut (RNB) à la défense. Les estimations présentées le 16 mai 2025 par la ministre de la Défense, Yuriko Backes, chiffraient cet effort à environ 1,18 milliard d'euros pour l'année.

Le gouvernement a ensuite présenté, le 20 mai 2026, une trajectoire de dépenses jusqu'en 2029, avec une progression annuelle de 0,1 point de pourcentage. Elle prévoit un effort de 2,1 % du RNB en 2027, de 2,2 % en 2028 et de 2,3 % en 2029. Selon les estimations du Statec, les montants correspondants seraient respectivement d'environ 1 373, 1 513 et 1 665 millions d'euros.

Le gouvernement inscrit cette trajectoire dans l'engagement pris par les Alliés au sommet de l'OTAN à La Haye, en juin 2025 : consacrer à la défense 5 % du PIB d'ici 2035, le Luxembourg retenant le RNB comme référence. Cet engagement distingue 3,5 % pour les dépenses de défense essentielles et 1,5 % pour les dépenses élargies liées à la défense et à la sécurité.

Approfondir un partenariat vieux de 80 ans

Pour Claude Wiseler, la situation géopolitique mondiale appelle à faire évoluer une relation ancienne, plutôt qu'à rechercher de nouveaux partenaires. Il a décrit les échanges avec la Turquie comme libres, ouverts et directs. Remerciant Numan Kurtulmus pour son invitation, il a jugé la visite très utile et estimé que les discussions seraient très productives. Sa délégation réunissait des représentants de la majorité et de l'opposition, de gauche comme de droite.

Les relations diplomatiques ont été établies en juillet 1946. La Turquie a ouvert son ambassade au Luxembourg en 1987 ; le Luxembourg a inauguré la sienne à Ankara le 29 novembre 2011.

Au-delà de la défense, Claude Wiseler a cité la solidité du secteur financier luxembourgeois comme un autre point d'appui pour une coopération future. Selon l'ambassade du Luxembourg à Ankara, les échanges commerciaux bilatéraux atteignaient 218 millions d'euros en 2024 : 164 millions d'euros d'exportations luxembourgeoises vers la Turquie et 54 millions d'euros d'importations en provenance de celle-ci.

La même source fait état d'un stock d'investissements luxembourgeois de 9,7 milliards de dollars en Turquie, plaçant le Luxembourg au 7e rang des investisseurs étrangers. Pour les seuls flux annuels de 2024, le pays occupait la 12e place, avec 97 millions de dollars.

Claude Wiseler a également assuré que le Luxembourg, membre fondateur de l'Union européenne, poursuivrait sa coopération avec la Turquie. Il a estimé que la contribution turque à la démocratie et à l'État de droit dans son parcours européen produirait des résultats importants. Numan Kurtulmus a, de son côté, remercié le Luxembourg pour son soutien au processus d'adhésion turc depuis ses débuts.

L'Ukraine et le Proche-Orient au cœur des échanges

Les deux responsables ont aussi abordé les conflits régionaux. Numan Kurtulmus a rappelé que la Turquie privilégiait la diplomatie pour les résoudre et a mis en avant le rôle de médiation qu'elle joue, selon lui, depuis le début de la guerre entre la Russie et l'Ukraine. Claude Wiseler a réaffirmé le soutien du Luxembourg à l'Ukraine et plaidé pour que l'Europe participe aux négociations afin de parvenir à la paix le plus rapidement possible.

Numan Kurtulmus a par ailleurs estimé que la guerre lancée par les États-Unis et Israël contre l'Iran avait déjà créé une spirale de tensions sans fin, sans bénéfice pour ces deux pays, pour la région ou pour le reste du monde.

Il a indiqué que les discussions avaient également porté sur ce qu'il a décrit comme l'attitude agressive de longue date d'Israël dans la région et ses actions inhumaines contre les Palestiniens. Il a salué la décision du Luxembourg de reconnaître l'État de Palestine l'année précédente et lui a adressé ses remerciements. Claude Wiseler a, pour sa part, défendu une solution à deux États et appelé à tenir compte de la réalité pour permettre le retour rapide de la paix.

Soutenir la normalisation entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan

Claude Wiseler a remercié la Turquie pour son rôle entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan. Il a estimé que la paix serait durable, et non éphémère, et assuré que le Luxembourg continuerait d'apporter autant de soutien que possible pour la garantir.

Numan Kurtulmus a précisé que les entretiens avaient porté sur l'importance du processus de normalisation entre les deux pays, avec la participation de la Turquie. Selon lui, ce processus est essentiel à une paix durable dans le Caucase ainsi qu'à l'établissement de liaisons sûres entre l'Est et l'Ouest, et entre l'Asie, le Caucase et l'Europe.