Duchy Notes
lake-314e7d48-f9ad-463b-a9b6-386943f625a8-0.png

Au Luxembourg, un guide pour préparer les foyers à 72 heures d'autonomie

Distribué aux ménages depuis le 14 octobre 2026, "Mon Guide – 72H d'autonomie" détaille les réserves et les dispositions à prévoir en cas de crise. L'objectif est de pouvoir couvrir ses besoins essentiels pendant au moins trois jours, sans annoncer de...

Un guide destiné à tous les ménages

Selon Infocrise, le gouvernement luxembourgeois a prévu la distribution d'environ 300 000 exemplaires à partir du 14 octobre. L'édition papier est rédigée en français et en luxembourgeois ; des versions allemande, anglaise et portugaise sont disponibles en ligne, ainsi qu'une version en langage simplifié.

Le Premier ministre Luc Frieden, le ministre des Affaires intérieures Léon Gloden et le haut-commissaire à la Protection nationale Guy Bley ont présenté le document le 9 octobre 2026, lors des Journées nationales de la résilience. Cette présentation s'inscrivait dans la campagne nationale "Bass du prett ?".

Le guide met en pratique la stratégie nationale de résilience "Lëtz prepare !", présentée par le Premier ministre le 13 octobre 2025. D'après Infocrise, il répond aussi aux attentes recueillies lors de l'enquête nationale sur la perception des risques du printemps 2026 : les citoyens demandaient davantage d'informations fiables et de conseils concrets pour faire face à une situation exceptionnelle.

Les situations envisagées vont des catastrophes naturelles aux attaques et aux accidents : tempêtes, inondations, coupures majeures d'électricité, pandémies, cyberattaques, menaces terroristes ou accidents industriels et nucléaires. Ces événements peuvent interrompre l'approvisionnement en eau potable et en électricité, les télécommunications ou les transports.

Les réserves recommandées doivent permettre aux foyers de tenir au moins 72 heures. Pendant les premiers jours d'une crise, les secours peuvent avoir besoin de temps pour évaluer les dégâts, organiser leur intervention et donner la priorité aux personnes vulnérables. Les ménages préparés dépendent alors moins de leur aide immédiate.

Des réserves adaptées aux besoins du foyer

Le guide préconise au moins trois litres d'eau par personne et par jour, des denrées non périssables, les médicaments indispensables et une trousse de premiers secours. Il recommande également des couvertures, des vêtements adaptés, des lampes torches, des piles de rechange, des batteries externes et une radio à piles ou à manivelle.

À cet équipement s'ajoutent des copies des documents importants, une liste de numéros utiles, des produits d'hygiène et de l'argent liquide. Le contenu doit tenir compte des enfants, des personnes âgées, des animaux domestiques et des personnes qui suivent un traitement régulier. Les dates de péremption sont à vérifier au moins deux fois par an, et le kit doit rester dans un lieu sûr et accessible.

Pour illustrer les perturbations possibles, le document imagine une panne électrique de 72 heures au Luxembourg. Dans ce scénario fictif, les conséquences dépassent l'absence d'éclairage : les réseaux mobiles, les transports publics, la distribution d'eau, le chauffage, les paiements électroniques et les distributeurs de billets pourraient aussi être indisponibles.

Prévoir les contacts, les alertes et l'entraide

La préparation ne se limite pas aux achats. Chaque foyer est invité à établir un plan d'urgence comprenant les coordonnées des proches, des points de rendez-vous et les dispositions à prendre si certains membres ne peuvent plus communiquer ou rentrer chez eux.

Le guide présente les moyens de recevoir les avertissements officiels par LU-Alert, notamment les notifications mobiles, les SMS, la diffusion cellulaire (Cell Broadcast) et les sirènes. Il demande de suivre les consignes des autorités, de vérifier les informations avant de les transmettre et de laisser les lignes téléphoniques disponibles pour les secours.

Il insiste aussi sur l'entraide : prendre des nouvelles de ses voisins, assister les personnes vulnérables et partager des informations utiles font partie de la préparation collective lorsque les services d'urgence sont sous pression.

Pour un journaliste ukrainien, le souvenir de février 2022

Dans une tribune publiée le 24 octobre 2026 par Chronicle.lu, Ievgenii Karanov explique que la réception du guide l'a ramené aux semaines précédant l'invasion russe à grande échelle de l'Ukraine. Début 2022, les autorités ukrainiennes conseillaient de réunir dans un sac les provisions nécessaires pour plusieurs jours. Malgré les avertissements, il peinait alors à croire que ces préparatifs deviendraient indispensables.

Le journaliste couvrait les Jeux olympiques d'hiver à Pékin, tandis que son épouse se trouvait en Ukraine. Ses beaux-parents ont rempli des bidons d'essence par précaution ; son épouse a regroupé les documents importants pour pouvoir les emporter rapidement. Parmi les fournitures recommandées figuraient des médicaments, de l'eau potable, de la nourriture, des vêtements confortables, des batteries externes et une radio.

Ievgenii Karanov est rentré à Kyiv le 23 février 2022, à bord de l'un des derniers vols arrivés avant l'invasion. Le lendemain, il a vu des habitants se précipiter vers les distributeurs pour retirer de l'argent. Ce souvenir explique l'attention qu'il porte aujourd'hui à la présence d'espèces dans la liste luxembourgeoise : l'accès à l'argent liquide peut rapidement devenir une préoccupation.

Il distingue toutefois les deux situations. Le guide luxembourgeois n'annonce pas une catastrophe précise et imminente ; il prépare les résidents à plusieurs types de perturbations. À ses yeux, pouvoir réfléchir aux besoins de son foyer sans subir la pression d'une menace immédiate est justement une occasion à saisir.

L'auteur raconte aussi que les provisions entreposées par une voisine dans son garage lui donnent envie d'installer des étagères dans le sien pour constituer progressivement des réserves. Il ne l'a pas encore fait, mais juge désormais cette démarche raisonnable, sans qu'elle exige nécessairement un investissement important ou beaucoup d'espace. Mettre de côté quelques produits essentiels et discuter d'un plan avec ses proches serait déjà un début.

Une préparation encouragée à l'échelle européenne

D'autres pays ont engagé des démarches comparables. Le ministère letton de la Défense a publié sa première brochure de préparation à une crise de 72 heures en juin 2020, puis l'a enrichie en 2024 de conseils sur les plans d'urgence familiaux et les provisions essentielles. En novembre 2024, la Suède a distribué à 5,2 millions de foyers une version actualisée de sa brochure consacrée aux situations de crise ou de guerre.

La stratégie européenne de préparation, lancée le 26 mars 2025, comprend 30 actions clés. Son action n° 14 prévoit que la Commission propose des lignes directrices pour aider la population à atteindre une autonomie d'au moins 72 heures. Le plan d'action fixe cette échéance à 2026.

Les enquêtes Eurobaromètre citées dans cette stratégie montrent le besoin d'information : en 2024, 49 % des Européens ne se sentaient pas bien renseignés sur les risques de catastrophe susceptibles de les toucher, et 65 % estimaient avoir besoin de davantage d'informations pour se préparer aux catastrophes ou aux urgences.

Un Eurobaromètre spécial du début de 2024, cité par le Centre for European Policy Studies (CEPS), décrivait aussi une préparation encore modeste des ménages de l'UE. Parmi eux, 47 % disposaient de lampes torches ou de bougies, 36 % d'une pharmacie d'urgence et 29 % d'un stock de nourriture. Une réserve d'eau et une radio à piles n'étaient présentes que dans 20 % des foyers pour chacun de ces équipements. Seuls 18 % avaient convenu d'un plan de communication familial en cas de crise.